
Tu cherches une île verte, volcanique, encore épargnée par le tourisme de masse, à quatre heures de vol de Bruxelles ? Pourquoi visiter les Açores : voilà la question à laquelle je voulais répondre en posant le pied sur São Miguel. Le nom vient du portugais açor, l’autour des palombes, ce rapace qui figure sur les armoiries de l’archipel. Neuf îles posées en plein milieu de l’Atlantique, à 1 450 km de Lisbonne. On les surnomme l’Hawaï de l’Atlantique, et pour une fois le surnom est mérité. Dans ce carnet de voyage, je te partage São Miguel, la plus grande des îles. Alors, suis le guide.
Pourquoi visiter les Açores : ce qu’il faut savoir avant de partir
D’abord, la logistique. On y accède uniquement en avion, généralement via Lisbonne ou Porto, et il faut compter une bonne journée de trajet depuis la Belgique. Sur place, la voiture de location est indispensable : les distances sont courtes mais les transports en commun quasi inexistants.
Ensuite, le climat. Les Açores bénéficient d’une douceur permanente — l’hiver descend rarement sous les 12 °C — mais le temps change toutes les heures. Brouillard sur le cratère le matin, grand soleil à midi, averse à seize heures. Prévois une veste imperméable même en août, et de vraies chaussures de marche.
Quant à la saison : juillet et août offrent la meilleure météo, mais aussi la foule. Par ailleurs, septembre et octobre restent chauds, l’océan est à sa température la plus agréable, et les sentiers sont à toi. C’est la période que je recommande les yeux fermés.

São Miguel, la plus grande des îles des Açores
São Miguel fait le bonheur des randonneurs — et des surfeurs, sur la côte nord. Les paysages sont d’une démesure tranquille : cratères effondrés, hortensias sauvages en juin, pâturages qui tombent droit dans l’océan. Compte au minimum deux jours rien que pour les incontournables, quatre si tu veux respirer.
Un conseil : passe par un guide local au moins une journée. Les hôtels en recommandent, et cela change tout — ce sont eux qui connaissent les sentiers qui ne figurent sur aucune carte.

Les lacs de São Miguel : Sete Cidades et Lagoa do Fogo
Il n’y a pas moins de quinze lacs sur São Miguel. Tu ne les verras pas tous, mais trois s’imposent : la Lagoa das Sete Cidades, la Lagoa do Fogo et le lac de Furnas. Le lac des Sept Cités est le plus photographié de l’archipel, avec ses deux lagunes accolées — l’une bleue, l’autre verte — que la légende attribue aux larmes d’une princesse et d’un berger.

À noter, et c’est important : la baignade est formellement interdite dans les lagunes. Ce n’est pas une formalité administrative. Les plans hydrographiques régionaux l’interdisent expressément, des panneaux ont été posés sur les rives, et l’interdiction fait suite à plusieurs noyades — l’eau est bien plus froide et bien plus profonde qu’elle n’en a l’air. En revanche, le canoë et le paddle sont proposés selon la saison.
Autre chose : tu verras des vaches partout, sur les collines et dans les vallées. Notre guide nous a juré qu’elles étaient deux fois plus nombreuses que les habitants. C’est un joli mythe local : on compte en réalité un peu plus de cent mille bovins pour environ deux cent quarante-cinq mille Açoriens. Mais comme elles sont dehors toute l’année et nous pas, l’impression est la bonne.
Observer les baleines : la vraie réponse à « pourquoi visiter les Açores »

Voilà l’argument que je n’avais pas vu venir en préparant le voyage. Les eaux açoriennes abritent environ vingt-huit espèces de cétacés, soit près d’un tiers de toutes les espèces connues sur la planète. Quatre d’entre elles sont sédentaires et se croisent toute l’année : le cachalot, le dauphin commun, le grand dauphin et le dauphin de Risso.
Surtout, si tu peux choisir tes dates : d’avril à juin, les grands rorquals passent au large pendant leur migration — baleine bleue, rorqual commun, baleine à bosse. L’été, ce sont les dauphins tachetés et les cachalots. Les sorties partent de Ponta Delgada et durent environ trois heures. Prévois un coupe-vent, ça secoue.
Les thermes de Furnas et le cozido cuit sous terre

Après une longue marche, le jacuzzi naturel s’impose. Deux adresses, et elles ne se valent pas selon l’heure. La Poça da Dona Beija est ouverte jusqu’à 23 h — c’est celle qu’il faut viser le soir, quand la vapeur monte dans le noir. Compte environ 12 € en journée et 16 € en soirée, pour une heure trente maximum, et réserve en ligne : les billets ne se vendent plus sur place. Le parc Terra Nostra, lui, ferme à 17 h et coûte environ 17 € ; son bassin ocre est le plus spectaculaire des deux.
Un conseil très concret et un peu douloureux : prends un vieux maillot foncé. L’eau est chargée en fer et tache définitivement le tissu clair : un maillot blanc ou pastel en ressort orangé, et ça ne part pas au lavage. Prévois aussi des tongs, le sol est glissant.

Tout autour, le sol fume littéralement. Certaines sources gazeuses sentent fortement le soufre, d’autres sont potables et ont un goût minéral exquis. C’est aussi là que se prépare le cozido das Furnas : un pot-au-feu enfoui six heures dans la terre volcanique, cuit par la chaleur du sol. Il se commande la veille auprès des restaurants du village. Impossible de comprendre Furnas sans y goûter.
Thé, ananas et aqueduc oublié : les curiosités de São Miguel
Voici une pépite que peu de gens connaissent : São Miguel abrite les seules plantations de thé d’Europe. Il y en a deux, Chá Gorreana — la plus ancienne, en activité depuis 1883 — et Chá Porto Formoso, celle de ma photo de couverture. La visite de la fabrique est gratuite, la dégustation aussi, et les rangées de théiers qui descendent vers l’océan sont un spectacle en soi.


D’ailleurs, nous avons eu la chance de tomber sur un ancien aqueduc rongé par la végétation, aussi photogénique que déroutant. Ensuite, ne rate pas les serres d’ananas : leur mode de culture est unique au monde et chaque fruit met près de deux ans à mûrir. Ce qui explique le prix — et le goût.


Enfin, pour les amoureuses des plantes, le jardin botanique António Borges est un poumon de verdure en plein cœur de Ponta Delgada. Gratuit, ombragé, parfait en fin de journée.
Ponta Delgada, la capitale des Açores

Ponta Delgada est le centre économique et la capitale administrative des Açores. C’est une ville maritime : un port, une marina, un fort reconverti en musée de la guerre, et de somptueuses églises. La cathédrale de São Sebastião mérite un arrêt pour sa curieuse juxtaposition de styles, ajoutés siècle après siècle.


À noter si tu viens hors saison : en automne, Ponta Delgada est une ville très calme. Les restaurants et les bars ferment entre 21 h et 22 h. Dîne tôt.
Où loger à São Miguel

Nous avons séjourné à l’Azoris Royal Garden, à une dizaine de minutes du centre de Ponta Delgada. Un hôtel de bon standing, des suites décorées avec goût, un spa, un centre wellness et deux piscines — l’une intérieure, l’autre extérieure. Le petit déjeuner est copieux et le bar très agréable en fin de journée.

Au fond, les Açores sont une escapade idéale pour les couples qui aiment la nature brute. D’ailleurs, si tu hésites encore avec une autre île portugaise, va lire mon carnet de Madère.

Un mot sur le Monte Palace, l’hôtel abandonné qui surplombe Sete Cidades. Je l’ai visité, et je dois être honnête avec toi : ce n’est plus une bonne idée. Le bâtiment est une propriété privée depuis 2017, la structure est en ruine et réellement dangereuse, et l’accès est déconseillé. Un projet de réhabilitation a été déclaré d’intérêt public en 2024, mais les travaux n’avaient toujours pas commencé. Le belvédère de la Vista do Rei, juste à côté, offre la même vue sans le risque.
✨ Alors, pourquoi visiter les Açores ?
Au fond, pourquoi visiter les Açores ? Parce que c’est l’un des derniers endroits d’Europe où l’on peut marcher une matinée entière sans croiser personne, se baigner dans une eau chauffée par un volcan, et voir une baleine bleue l’après-midi. Parce que tout y est vert, humide et vivant. Une respiration, plus qu’un voyage.
Je finirai par ces mots tagués sur le toit du Monte Palace, qui disent tout : « Don’t tell anyone about the Azores, they will fuck it up. » Alors gardons ça entre nous.
Et toi, tu partirais aux Açores pour les randonnées ou pour les baleines ? 💛